MURMURES DE L’INVISIBLE
PRÉSENTÉ DANS LE CADRE DU MOIS MULTI
Un co-commissariat de Christian Lapointe (Mois Multi, Québec), Seungah Lee (Urban Art Lab, Séoul) et Vincent Roy (EXMURO, Québec) dans le cadre de la 27e édition du Mois Multi festival international d’arts multidisciplinaire et électroniques.
Dans un monde saturé par le visible, qu’est-ce qui nous échappe? Murmures de l’invisible explore les phénomènes éphémères, intangibles et oubliés — ces souvenirs effacés, ces sensations fugaces et ces liens discrets — qui, inaperçus, façonnent notre vécu. Réunissant des artistes du Québec, des États-Unis, de la France et de la Corée, l’exposition collective attire l’attention sur les angles morts de la perception, questionnant la capacité de l’art contemporain à révéler les résonances subtiles du quotidien et les zones d’ombre qui se cachent sous la surface des choses.
Avec les œuvres de Jean-François Côté (Québec), Mathieu Valade (Québec), Pierre&Marie (Québec), Lee Yongbaek et Kira Kim (République de Corée), Maxime Corbeil-Perron (Québec), Matthew Biederman (Chicago) et Lucas Paris (France).
Du 31 janvier au 6 avril 2026
Aire publique EXMURO, Place Royale, Québec
JEAN-FRANÇOIS CÔTÉ (QUÉBEC)
À travers des dispositifs installatifs, Jean-François Côté explore de manière conceptuelle, poétique et critique des notions relatives à l’image, au son, à la narrativité et à l’environnement dans un contexte de transition numérique et écologique. Face à l’omniprésence des médias de masse, il transforme les images en lieux sensibles à habiter.
Le travail de Jean-François Côté a été présenté dans de nombreuses expositions au Canada, au Mexique, au Chili, en Croatie, en Grèce et en Chine, notamment. Basé à Québec, il est professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières, cofondateur du Laboratoire intersectoriel en art, technologie et environnement « SYMBIOSE », et il œuvre aussi en art public permanent.
HISTOIRES INVISIBLES
Histoires invisibles de Jean-François Côté déploie un espace immersif et sensoriel où chaque spectateur·rice est invité·e à composer ses propres récits et à naviguer à travers une multiplicité de temporalités. À la croisée de l’installation vidéo et du paysage sonore, l’œuvre repose sur un dispositif complexe de multiprojections et de canaux audios, donnant lieu à une constellation de trajectoires en constante (re)construction. Les rythmes s’y superposent : lenteur, accélération, suspension, comme autant d’échos aux cycles naturels et au souffle du monde. Des fragments de vies s’y croisent, s’effleurent, se répondent, tissant une poétique du lieu, du mouvement et de la mémoire.
Au cœur de cette installation se trouve la notion de frontière, non pas comme une ligne fixe, mais comme une zone de friction et d’interaction. L’œuvre interroge la place de l’humain dans un monde en mutation et évoque les traces parfois éphémères, parfois durables, que laissent ses traversées du territoire.
MATHIEU VALADE (QUÉBEC)
La pratique artistique de Mathieu Valade explore les liens entre géométrie, perception et image médiatisée. Par le biais d’installations vidéo, sculpturales et optiques, il déconstruit l’omniprésence de l’écran en jouant sur la répétition, la réflexion et la fragmentation de l’espace. Son travail révèle les artifices de la représentation, crée des boucles perceptuelles et invite le regard à ralentir, à s’attarder et à questionner la stabilité même de ce qu’il perçoit.
Mathieu Valade vit et travaille à Chicoutimi, au Québec. Son travail a été présenté dans des musées, galeries et centres d’artistes au Canada, en France, en Belgique, en Allemagne, en Espagne, en Grèce, aux États-Unis et en Suède. Ses œuvres font partie de nombreuses collections publiques et institutionnelles. Il a également réalisé plusieurs œuvres d’art public, tant permanentes que temporaires.
LE CIEL ET L’EAU
Le ciel et l’eau de Mathieu Valade est une installation vidéo composée d’une série d’écrans de télévision montés à la verticale, inclinés vers l’avant et disposés en cascade, à la manière des pages d’un livre entrouvert. Sur chaque écran défile le même lent travelling au-dessus d’un lac embrumé, où le ciel, l’eau et la silhouette diffuse d’une île apparaissent progressivement. Ensemble, les écrans forment une image à la fois morcelée et unifiée, invitant le regard à circuler entre illusion et perception.
Cette œuvre a été réalisée grâce à la contribution financière du CALQ.
POST-POST-MODERNISME
Cette projection vidéo prend la forme d’un montage dans lequel des édifices emblématiques de différents courants de l’histoire de l’art et de l’architecture se transforment progressivement sous l’effet des éléments naturels et du passage du temps. Structures modernistes, monuments classiques et formes utopiques semblent se dissoudre, s’embraser ou se fragmenter, donnant lieu à des paysages instables et mouvants. Les images, d’une beauté troublante, ont été générées à l’aide de l’intelligence artificielle, utilisée ici comme un outil spéculatif.
Cette œuvre a été en partie coproduite par le Grand Théâtre de Québec.
Le ciel et l’eau
Post-post-modernisme
PIERRE&MARIE (QUÉBEC)
Pierre&Marie est un duo formé de Pierre Brassard et de Marie-Pier Lebeau Lavoie, actif depuis 2008 et établi à Québec. Leur travail réinterprète avec humour les symboles de la culture populaire afin de révéler l’absurdité et la poésie de la vie contemporaine. Alliant émerveillement et douce résistance, leur pratique aborde des enjeux sociaux actuels avec sensibilité.
Le duo a présenté plus d’une trentaine d’expositions au Canada, en France et à Taïwan, dans des musées, des centres d’artistes et des galeries. Leurs œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques, privées et institutionnelles. Leur travail a été salué par plusieurs prix et distinctions soulignant leur contribution à la scène artistique de Québec.
BIG OTHER – LES SOCIÉTÉS DISCIPLINAIRES
Big Other – Les société disciplinaires intègre des yeux animés à la façade architecturale de l’Aire publique. De leurs mouvements saccadés sur écrans DEL circulaires, ils semblent scruter les passants de la place Royale du regard. L’œuvre métamorphose le bâtiment en observateur actif, incitant enjouement et réflexion sur les notions de surveillance et de contrôle.
Par un langage visuel inspiré des émojis familiers, Big Other soulève subtilement les enjeux liés à la collecte de données et à la gestion des environnements numériques. Suggérant aussi un regard protecteur, ces yeux lumineux éclairent la rue et nous invitent à considérer l’équilibre délicat entre sécurité et inconfort, bienveillance et surveillance.
LEE YONGBAEK (RÉPUBLIQUE DE CORÉE)
Lee Yongbaek s’est imposé sur la scène internationale grâce à son articulation audacieuse des technologies et des médias pour refléter la beauté, la violence et la perception propres à l’imaginaire contemporain. Il déploie un large éventail de dispositifs — vidéo, art interactif, sonore, cinétique et robotique — pour visualiser la psyché humaine et les enjeux sociopolitiques de notre époque.
Né à Gimpo, en Corée, Lee Yongbaek est diplômé de l’Université Hongik en Corée et de l’Académie des arts et du design de Stuttgart en Allemagne. Il a représenté la Corée à la Biennale de Venise en 2011 et a participé aux biennales de Moscou, de Busan, de Gwangju ainsi qu’au Festival international d’art de Nankin.
ANGEL SOLDIER
Angel Soldier de Lee Yongbaek est une installation vidéo saisissante qui confronte la délicatesse des motifs floraux à la dure réalité de la guerre. Sur un fond recouvert de fleurs artificielles colorées, six soldats portent des uniformes réalisés dans le même tissu floral, transformant la scène en un champ de fleurs à la fois séduisant et étrange. À première vue, la vidéo semble représenter un paysage immobile, bercé par les sons doux de la nature. Mais l’illusion se fissure peu à peu : les fleurs s’animent subtilement pour révéler les soldats camouflés, avançant lentement et créant une tension à peine perceptible.
Par ce contraste entre beauté esthétique et militarisme dissimulé, l’œuvre questionne la perception, l’identité et le conflit dans une société où l’artifice séduit autant qu’il désoriente. Les figures antinomiques de l’ange et du soldat, de la nature et de la violence, coexistent dans un espace simulacre à la fois fascinant et dérangeant.
KIRA KIM (RÉPUBLIQUE DE CORÉE)
Kira Kim critique avec humour et acuité les dynamiques de pouvoir du capitalisme et les faux idéaux qu’il véhicule. S’inspirant de son vécu, il déconstruit les récits dominants, amplifie les voix marginalisées et explore les tensions sociales et psychologiques, invitant le public à affronter les vérités dérangeantes au cœur de la société coréenne contemporaine et du capitalisme global.
Né à Dacheon, en Corée, Kira Kim est titulaire d’un master en beaux-arts de Goldsmiths, Université de Londres. Il a participé aux biennales internationales de Gwangju, Busan et Liverpool, et a exposé dans des institutions prestigieuses telles que le Musée national d’art de Chine. Il a été finaliste du Prix de l’artiste coréen et lauréat du Prix de l’artiste de l’Association coréenne des critiques d’art.
BLIND MAN: DIFFERENT WAY
Sur une scène plongée dans le noir, une lutte violente se déploie au ralenti. Trois figures semblent prises dans un combat de « chacun pour soi », se tiraillant et se repoussant avec une intensité presque désespérée pour se remonter au-dessus des autres. Leurs cris silencieux sont noyés dans une trame sonore stridente qui accentue la tension. À mesure que la caméra recule, d’autres corps apparaissent: cinq figures finalement soutenues, de manière précaire, par un seul homme debout, vacillant sous leur poids collectif mais refusant de céder.
Cette physicalité chaotique devient une métaphore tranchante de l’esprit de compétition individualiste façonné par le capitalisme contemporain. Kira Kim y révèle le paradoxe d’un système hiérarchique où la survie de certains dépend de l’oppression des autres, soulignant la fragilité des idéologies qui régissent nos vies. Blind Man: Different Way interroge la condition humaine d’aujourd’hui, exposant comment les structures collectives façonnent nos relations, nos comportements et nos responsabilités les uns envers les autres.
Maxime Corbeil-Perron (QUÉBEC)
Maxime Corbeil-Perron est un artiste basé à Tiohtià:ke/Mooniyang/Montréal dont la pratique artistique se déploie dans une multiplicité de médiums : performance audiovisuelle, cinéma expérimental, composition électroacoustique, improvisation, art sonore et installation.
En tant que réalisateur, il a notamment reçu des prix et mentions au Ann Arbor Film Festival (États-Unis), aux Rendez-Vous Québec Cinéma, à Vienna Shorts (Autriche), au Prix Ars Electronica (Autriche) et au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal.
PERMUTATIONS
Permutations est une installation lumineuse et sonore composée d’un trio de projecteurs 16 mm augmentés par un dispositif artisanal de contrôle et de distorsion de la lumière. L’œuvre s’inscrit dans une recherche archéomédiatique explorant les relations entre technologies obsolescentes et dispositifs contemporains, afin de réactiver des médiums du passé et d’en révéler de nouvelles potentialités esthétiques.
Une coproduction de Recto-Verso présentée en collaboration avec Werktank.
Matthew Biederman (CHICAGO) et Lucas Paris (FRANCE)
Matthew Biederman est un artiste multidisciplinaire qui explore la perception, les données et les systèmes médiatiques à travers l’installation, la performance et la vidéo depuis les années 1990. Son travail a été présenté dans des biennales et festivals internationaux, et figure dans des collections publiques et privées en Amérique du Nord.
Lucas Paris travaille en temps réel avec le son et le visuel et construit des instruments numériques et des logiciels depuis plus de dix ans. Sa recherche, appliquée aux performances audiovisuelles, se concentre sur un engagement immersif du public par des contenus et des scénographies multi-sensorielles et émotives.
Conformité situationnelle
Conformité Situationnelle est une installation audiovisuelle interactive qui détourne le jeu « Jacques a dit » pour explorer, avec humour et acuité, les mécanismes de la surveillance publique. En s’appuyant sur l’intelligence artificielle et la vision par ordinateur, l’œuvre met en scène un système qui observe, interprète et dirige les actions du public, rendant visibles les dynamiques de pouvoir à l’œuvre dans nos environnements numériques.
Une coproduction de Recto-Verso en collaboration avec MUTEK MTL.
EXMURO art public remercie le Musée de la civilisation pour son précieux appui à cette exposition.